Τρίτη, 22 Απριλίου 2014

αραβική καλλιγραφία. οργάνωση Ελένης Κονδύλη. μέρος VI.









Texte Intégral



L’immense richesse des collections de manuscrits en écriture arabe ne peut manquer de frapper dès le premier abord. La seule bibliothèque de la Süleymaniye, à Istanbul, conservait ainsi il y a quelques années, aux dires de ses conservateurs, environ cent mille unités, dont soixante-dix mille manuscrits arabes, le reste étant en persan ou en turc. Pour donner une idée de ce que représente ce trésor, nous rappellerons ici qu’il y a dans le monde environ cinquante mille manuscrits grecs et un demi million de manuscrits latins. Pour les manuscrits en écriture arabe, il faudrait, aux dires de certains spécialistes,  multiplier ce dernier chiffre par cinq ou six.
Ce total si impressionnant s’explique par plusieurs raisons. On songera, bien sûr, à la place centrale qu’occupe l’écrit dans la civilisation musulmane. Il faut envisager aussi la grande diffusion, dans le temps et dans l’espace, non seulement de l’arabe, mais aussi de l’écriture arabe. Geoffrey Roger (1992 : IV, 359-361) a pu répertorier cent vingt-neuf langues utilisant l’alphabet arabe : exclusivement pour certaines, parfois aussi en concurrence avec d’autres écritures, comme pour l’hébreu et le syriaque, l’espagnol ou le bosniaque. Dans l’espace, l’aire de production des manuscrits en écriture arabe est énorme et les spécialistes de leur étude, intéressés par les caractéristiques de telle production locale, devront se déplacer, comme le remarque F. Déroche, “ de l’océan Atlantique à la mer de Chine, et du détroit de Zanzibar aux rives de la Volga ” (Déroche, 2000 : 25). L’aire de diffusion de l’écriture arabe tend à recouvrir celle de l’islam, mais on prendra garde que tout manuscrit dans cette écriture n’est pas musulman : l’exemple si important des manuscrits arabes chrétiens, pour certains fort anciens, suffit à le rappeler.

Dans le temps, d’autre part, les manuscrits en écriture arabe ont été produits sur plus d’un millénaire et ils ont constitué, jusqu’à un passé récent – dans certaines régions, presque jusqu’à nos jours – la forme la plus familière du livre. Leur étude n’intéresse donc pas seulement le médiéviste, mais aussi le moderniste, sinon l’historien qui travaille sur le monde contemporain. Il y a là une différence importante avec le monde occidental. François Déroche a fait remarquer que le terme “ manuscrit ”, pris dans le sens que nous lui donnons ici — c’est-à-dire le livre manuscrit, à l’exclusion des documents, lettres ou autres papiers écrits à la main — est attesté en français pour la première fois en 1594 : il est clair que la généralisation de l’imprimerie a joué son rôle dans l’apparition du terme. Il serait intéressant de connaître, en arabe, l’histoire du mot makhû†, qui désigne actuellement la même réalité, mais l’absence d’un dictionnaire historique rend malheureusement la recherche difficile.
Peut-être est-ce en partie parce que, pour les Occidentaux, le manuscrit est sorti assez tôt de l’usage qu’il est devenu un objet d’études. Bien sûr, pour les langues classiques, l’essentiel a tout d’abord consisté en la recherche des textes en vue d’une édition, et la valeur du manuscrit était subordonnée à l’étude du texte qu’il portait. La paléographie — l’étude des écritures anciennes — comme l’étude des aspects matériels du livre se sont d’abord développées, sans aucune autonomie, à l’usage de l’éditeur de textes. Au xixe siècle encore, alors que les règles classiques de la philologie sont bien établies, et que les philologues connaissent la nécessité de réunir et de classer le plus grand nombre possible de témoins d’un même texte, bref, d’étudier, pour un texte donné, l’ensemble de sa tradition manuscrite1, l’étude du manuscrit pour lui-même n’est encore guère développée. Il faut attendre le xxe siècle pour voir naître vraiment la “ codicologie ”. Le mot lui-même est intéressant. Formé à partir du mot codex, qui désigne le livre à pages — celui que nous connaissons —, livre qui a remplacé, dans l’Antiquité tardive, le rouleau, il apparaît vers 1950, non sans quelque flottement. Désignant tout d’abord l’étude des collections de manuscrits, des bibliothèques et des fonds, il s’est spécialisé et s’applique maintenant à l’étude du livre comme objet matériel, ou, si l’on veut, à l’archéologie du livre : matériaux du livre (supports et encres), reliure, cahiers, préparation de la page, décoration. La paléographie, qu’on peut considérer comme une branche de la codicologie ou comme une discipline indépendante, et la codicologie se sont développées dans la seconde moitié du siècle passé. Avec l’histoire des bibliothèques, des copistes, des possesseurs, elles contribuent à l’histoire des textes, qui occupe une place non négligeable dans l’histoire intellectuelle européenne. Toutes ces disciplines ont même acquis une certaine autonomie, faisant l’objet de publications et d’enseignements spécialisés.
Par rapport à ce qui s’est passé pour les langues occidentales, nous observons, pour les manuscrits en écriture arabe, à la fois un parallélisme et un décalage. Comme pour les langues classiques de l’Occident, c’est pour leur contenu que les manuscrits en écriture arabe ont été tout d’abord recherchés, achetés, étudiés par les savants occidentaux ou par leurs rabatteurs : c’est ce que rappelle, dans ce volume, Annie Berthier. L’exceptionnelle qualité artistique de certains manuscrits, qu’il s’agisse de calligraphie ou de manuscrits à peinture, ne pouvait manquer aussi de retenir l’attention. Deux axes d’étude, jusque tout récemment, ont été, à juste titre, privilégiés par les savants : la recherche des textes, et l’étude, par les historiens de l’art, de manuscrits exceptionnels. La fécondité de telles recherches est loin d’être épuisée, mais on peut noter que, par rapport aux développements récents des recherches sur les manuscrits occidentaux, les études portant sur le livre en écriture arabe ont connu un certain retard qu’elles entreprennent maintenant de combler. Ces retards nous semblent concerner deux domaines : l’histoire des textes et la codicologie.
On plaidera ici pour l’étude des manuscrits dans leur banalité. Certes, il y a encore, dans les bibliothèques, bien des textes à découvrir, et des manuscrits autographes à identifier. Mais les moyens actuels de la recherche nous permettent aujourd’hui, malgré leur extrême dispersion, d’étudier, sinon toutes les copies d’un même texte, du moins un grand nombre d’entre elles. Nous insistons ici sur le terme de copie : dans les bibliothèques, les manuscrits autographes sont l’exception ; les copies, ou copies de copies…, sont la règle. Ces manuscrits, parfois d’assez petite apparence, sont importants non seulement parce qu’ils nous permettent de reconstituer un texte sous une forme proche de celle qu’il avait à l’origine — c’est le but des éditions critiques — mais parce que, correctement étudiés, avec leurs précieuses notes de possession ou de lecture, ils donnent accès à l’histoire de ce texte, de sa diffusion et de sa réception auprès d’un public. L’histoire intellectuelle du monde arabe, ou musulman, s’en trouve enrichie.
De tels travaux ne sont guère concevables sans l’infléchissement, sensible ces dernières décennies, des études sur les écritures et les aspects matériels du manuscrit arabe. La paléographie et la codicologie arabes, en effet, ont acquis récemment une autonomie nouvelle, et les centres d’intérêt se sont déplacés des objets les plus exceptionnels vers une production plus courante. On voit quels sont les enjeux, non seulement pour l’histoire intellectuelle, mais aussi — le livre manuscrit, surtout avec l’apparition du papier, étant produit de façon massive —, pour l’histoire économique.
Le regard codicologique sur le livre en écriture arabe s’est donc développé plus tard que pour les manuscrits grecs et latins, et on peut considérer l’année 1986 comme celle de la naissance officielle de la codicologie des manuscrits en écriture arabe. Cette année-là, en effet, s’est tenu à Istanbul le premier colloque sur les manuscrits du Moyen-Orient (Déroche, 1989), et a vu la naissance, à Leyde, de la nouvelle revue Manuscripts of the Middle East. D’autres colloques ont suivi2, une seconde revue est née3, plusieurs livres ont paru4, et de nombreuses expositions ont été organisées, en France et à l’étranger5. Les manuscrits en écriture arabe sont de plus en plus souvent mentionnés dans des colloques comparatistes : colloque de l’ENS en 19906, colloque sur les papiers médiévaux en 19977… On trouve aussi le reflet de ce nouveau regard dans les plus récents catalogues, par exemple le catalogue des manuscrits persans de la BnF publié par Francis Richard. Il est intéressant aussi d’observer combien il prend de plus en plus d’importance dans chaque nouvelle livraison du catalogue des manuscrits arabes de la BnF : dans celle de 1995, que l’on doit à Yvette Sauvan et Marie-Geneviève Guesdon, on trouve des détails plus précis sur le papier, les cahiers et la reliure, les peintures, décors, tableaux et figures. Notons aussi, avec le livre de A. Gacek (2001), la récente parution d’un outil de travail très attendu : consacré au vocabulaire arabe du livre, il est assorti de la bibliographie la plus complète à ce jour.
La codicologie des manuscrits en écriture arabe, aujourd’hui, est plutôt le fait de spécialistes occidentaux, mais deux livres en langue arabe, qui ont paru récemment, le premier au Maroc, le second au Caire (ce dernier entièrement en arabe)8 lui sont consacrés. C’est donc une discipline en plein développement, avec ses spécificités, puisqu’on peut trouver dans ces manuscrits, de la main de savants lecteurs, de transmetteurs ou de possesseurs, des “ autorisations de transmettre ” et certificats de lecture et de transmission, ou, autre exemple, des actes de constitution de livres en bien waqf (ce qui leur donne le statut, au profit d’une institution pieuse le plus souvent, de biens — en principe — inaliénables).
Cette place croissante de la codicologie est légitime, étant donnée l’extrême richesse des bibliothèques, surtout orientales, en manuscrits en écriture arabe. Le but du présent recueil est de donner un aperçu de ces richesses, non pas cependant en soulignant les aspects les plus spectaculaires, par exemple de la calligraphie arabe, de la miniature persane, ou de la découverte de textes rares — les exemples ne manqueraient pas —, mais en réunissant quelques contributions représentatives, nous a-t-il semblé, des tendances actuelles de la recherche.
Ce recueil commence par l’histoire des fonds et des collections, avec la contribution d’Annie Berthier. La collecte des livres orientaux en France a commencé au début du xviie siècle. Elle avait été précédée par la recherche de manuscrits grecs et latins, mais s’élargit alors au reste du monde. Elle s’impose avec Colbert, qui adresse à tous les consuls en poste une circulaire leur demandant d’envoyer des livres. A. B. montre comment on découvre progressivement la richesse des littératures orientales, grâce en particulier à la traduction par Antoine Galland et François Pétis de la Croix du grand dictionnaire bibliographique de Hajji Khalifa. Elle explique aussi comment se précise une politique d’achat lorsqu’on découvre qu’il y a en Orient “ des livres en quantité énorme ”. Dans une deuxième partie, A. B. passe au traitement des collections ainsi amassées et aux problèmes qu’il a fallu affronter pour se donner les moyens de les étudier, évoquant par exemple ceux posés par la translittération et la typographie, ou encore par la formation de spécialistes, traducteurs et catalogueurs notamment.
Lejla Gazic et Ramiza Smajic décrivent pour leur part l’état des collections de manuscrits dans les Bibliothèques de Sarajevo. La fondation de la Bibliothèque Gazi Husrev Bey, la plus grande de la ville et la seule à avoir été épargnée, remonte à 1537. Ses collections comprennent plusieurs milliers de manuscrits, contenant surtout des textes historiques et juridiques, ainsi que les archives des tribunaux depuis la période ottomane. La bibliothèque de l’Institut d’études orientales de Sarajevo, qui était la seconde par son importance, déplore la perte de ses 5 263 codices, dont le plus ancien avait été copié au xie siècle. Mais, alors que la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herségovine a été totalement détruite en 1992, les manuscrits orientaux, qui étaient conservés dans les sous-sols du bâtiment, ont pu être sauvés. La description des fonds de ces bibliothèques (et de quelques autres, moins importantes) est suivie d’informations très précises sur le catalogage, qui a pu reprendre activement après la guerre, grâce en particulier au soutien de la fondation al-Furqân de Londres.
Gérard Troupeau s’intéresse à une méthode de conservation un peut particulière qui consiste, pour les particuliers, à déposer un ou plusieurs manuscrits sous la protection d’une institution pieuse ou d’intérêt public de laquelle ils sont censés ne jamais sortir. En proposant la traduction des actes de donation (waqfiyya-s) trouvés dans quinze manuscrits arabes chrétiens de la BnF, G. T. étudie les différentes indications qu’ils peuvent contenir, et montre qu’ils peuvent être d’un grand intérêt — dans le cas présent, pour l’histoire et la géographie ecclésiastique. C’est ainsi par exemple que deux manuscrits, acquis en 1671 à Nicosie ont appartenu, selon leurs actes de waqf, l’un à une église de Famagouste, l’autre à un monastère “ situé dans la montagne de l’île de Chypre ”, témoignant ainsi de la présence d’une communauté copte dans l’île jusqu’au xviie siècle.
Les six contributions suivantes sont consacrées à la codicologie et à la paléographie. Les trois premières concernent le papier, sujet sur lequel les publications se sont multipliées récemment. Dans la première d’entre elles, j’ai étudié les différents types de papier qu’on peut trouver dans les manuscrits arabes, le développement de leur fabrications dans le monde arabe, l’invasion des papiers italiens en Méditerranée et les réactions des artisans du livre arabe devant cette invasion, ainsi que les papiers utilisés dans la chancellerie mamelouke au xve siècle, qui sont peut-être différents des papiers employés en librairie.
La découverte, par Adam Gacek, d’une nouvelle recette de fabrication du papier, provenant du Yémen au xiiie siècle est importante, car on ne connaissait jusqu’à présent que la recette dite “ d’Ibn Bâdîs ”, copiée en Ifrîqiyâ au xie siècle, qui est peut-être relative à un usage ancien. Celle qu’édite et traduit A. Gacek, au contraire, par l’abondance et la précision des détails techniques, semble refléter une pratique éprouvée. Elle décrit la fabrication de papier baladî, “ local ”, plus ordinaire que celui utilisé dans la chancellerie mamelouke en Égypte, si on en croit la contribution précédente. Elle diffère de la recette d’Ibn Bâdîs sur plusieurs points, en particulier par la nature du matériau de base, une plante (le ficus populifolia) qui est de la même famille que celle employée par les Chinois pour leur papier. Le copiste, d’origine indienne et de culture arabo-persane, utilise l’arabe et le persan dans le colophon, ce qui souligne combien la frontière entre papiers arabes et papiers persans est mal assurée.
La contribution de Francis Richard est consacrée elle aussi à des recettes, qu’il a trouvées dans un manuscrit persan et dont il propose l’édition et la traduction. Il s’agit cette fois de techniques de coloration du papier (en vert, bleu-vert, jaune, pourpre, violet et orange). Le texte contenu dans le manuscrit n’a pas de rapport avec ces recettes, et la découverte de F. Richard est lisible seulement en marge, copiée en travers de deux folios, sous la forme de notes laissées par un lecteur anonyme. On a là un exemple original des informations inattendues que peuvent conserver les manuscrits et des éléments susceptibles de se greffer autour du texte. La découverte de F. R. est intéressante pour l’histoire du manuscrit comme pour l’histoire des techniques de fabrication du livre persan, qui ont fait l’objet de plusieurs publications récentes.
Les contributions suivantes nous font pénétrer dans l’atelier du copiste, à un stade postérieur à la fabrication proprement dite. Étudiant la façon dont est indiqué l’ordre des cahiers, feuillets et bifeuillets dans les manuscrits arabes médiévaux, Marie-Geneviève Guesdon constate que cette numérotation n’est pas destinée au lecteur mais que c’est le moyen pour le copiste de chercher à empêcher les désordres accidentels qui peuvent survenir aux différentes étapes de la fabrication du livre. Observer comment sont numérotés dans les marges cahiers, feuillets ou bifeuillets, au moyen de lettres, chiffres ou numérotation en toutes lettres — en arabe, copte, syriaque, grec ou hébreu —, nous fait parcourir l’aire de diffusion du livre arabe et fournit d’ores et déjà de précieuses indications chronologiques.
La constitution de groupes de manuscrits ayant des caractéristiques communes est une démarche importante de la recherche en codicologie. C’est ce qu’a fait Annie Vernay-Nouri, qui nous invite à prendre connaissance d’une découverte récente qu’elle a faite dans les manuscrits arabes de la BnF, en présentant une série de manuscrits de facture ottomane, datés ou datables des xvie et xviie siècles et localisables en Turquie semble-t-il, dont les marges sont remplies de gloses en écriture minuscule affectant des formes figuratives ou disposées en blocs géométriques peut-être plus originaux encore, à lire par double page, livre ouvert. Elle a pu retrouver deux autres manuscrits présentant des traits semblables conservés dans d’autres bibliothèques, et son corpus s’élève désormais à dix unités. Exemplaires de luxe ou copies plus ordinaires, de même époque et produits dans une même aire géographique, ils réservent au lecteur une surprise du point de vue de leur contenu.
L’examen direct des manuscrits et de leur facture n’est pas la seule source qui nous renseigne sur les copistes. Des textes assez nombreux, encore mal réunis et peu étudiés, nous les font aussi connaître. C’est ainsi que les colophons d’un certain nombre de manuscrits, mis en regard avec des textes arabes, persans et turcs a conduit François Déroche à s’interroger sur le métier de copiste, qui peut être appelé (ou se déclarer lui-même) kâtib, nassâkh, kha††ât ou encore warrâq, et qui est parfois aussi mudhahhib (doreur), naqqâsh (enlumineur) ou mujallid (relieur), tandis que son lieu de travail peut être atelier princier, bibliothèque, échoppe de libraire, ou domicile personnel… On aimerait, dit-il, connaître l’influence du statut du copiste amateur et de ses conditions de travail sur son style d’écriture, savoir distinguer le copiste amateur du professionnel du livre, faire clairement la différence entre une écriture soignée, une écriture professionnelle et une écriture calligraphiée. De la Perse à al-Andalus, les pratiques ont varié et sont parfois surprenantes (comme celle de ces familles entières — dont des femmes ne sachant ni lire ni écrire — qui copiaient des livres à Shirâz xvie siècle).
Les trois derniers articles sont consacrés à l’histoire des textes et de la culture. Le texte qu’étudie Henri Hugonnard-Roche, conservé dans un manuscrit insigne de la BnF, est le produit de quatre siècles de travail sur les traductions anciennes, syriaques puis arabes, de l’Organon d’Aristote. Il s’agit d’une copie du xe siècle faite sur l’autographe d’Ibn Suwar (942-1017), l’un des philosophes les plus connus de son temps dans le domaine de la logique, et l’héritier de la lignée des traducteurs les plus célèbres depuis le cercle de Îunayn b. IsÌâq. Grâce à sa conception de l’édition critique (Ibn Suwar choisit dans certains cas de mettre en regard plusieurs traductions qu’il livre à la réflexion du lecteur), par l’addition en marge de notes, gloses et commentaires savants qui conservent les leçons proposées par des copies elles aussi extraordinaires, on peut aujourd’hui “ reconstituer l’histoire textuelle d’un traité, l’évolution d’un lexique technique, la généalogie d’un groupe savant… ”.
L’histoire des textes est aussi représentée par la contribution de Jacques Grand’Henry, qui s’intéresse aux problèmes posés par la transmission, dans les manuscrits arabes, du discours 40 d’un Père de l’Église grecque, Grégoire de Nazianze. Il cherche, en comparant les leçons du manuscrit le plus ancien avec celles de trois copies plus récentes, à déterminer si on est en présence de plusieurs traductions ou d’une seule traduction révisée. Il montre, par l’analyse de variantes lexicales, morphologiques et syntaxiques, que la copie la plus ancienne (du xie siècle) est corrigée dans les copies plus récentes, grâce à un retour au texte grec, qui permet plus de fidélité au texte d’origine, par la suppression des calques trop flagrants, et par diverses autres interventions : corrections de fautes d’arabe ou de “ syriacismes ”, tentatives de “ classicisation ” et même, dans un cas, “ islamisation ”.
La documentation sur l’histoire de la copie des manuscrits en Afrique est beaucoup moins abondante, et Constant Hamès commence par souligner combien les spécialistes restent, encore aujourd’hui, peu intéressés par la production littéraire arabo-africaine. Pourtant, le début de l’utilisation de l’écriture arabe en Afrique est attesté depuis le xie siècle, à Gao, sur des stèles funéraires. Malgré cela, on ne situe les débuts de la littérature autochtone arabo-africaine qu’à partir de la fin du xvie et du début du xviie siècle, alors que Jean-Léon l’Africain témoignait de la vitalité du commerce des livres à Tombouctou vers 1526. Faut-il imputer cette contradiction aux conditions matérielles de la copie, à la nature des supports disponibles, aux conditions de conservation des livres ? L’article s’achève par un développement sur langues et écriture arabe et sur l’arabisation de certaines langues africaines, surtout écrites, qui ont acquis récemment le statut de “ langues islamiques ”.
L’ensemble de ces contributions, malgré leur diversité et leur richesse, ne donne qu’un aperçu du domaine immense des manuscrits en écriture arabe. On remarquera qu’il aura été le plus souvent question, dans le présent recueil, des manuscrits arabes et, à un moindre degré, des manuscrits turcs et persans, et qu’on aura parlé dans la majorité des cas de livres “ médiévaux ”, avec quelques exceptions cependant. Mais, plus qu’un tableau d’ensemble d’un domaine immense et divers, nous avons voulu montrer simplement l’intérêt des nouveaux regards portés sur les manuscrits en écriture arabe et faire connaître l’essor actuel des nouvelles disciplines qui leur sont consacrées.


Références bibliographiques

bibliographie sommaire
(pour la bibliographie la plus récente et la plus complète, voir A. Gacek, 2001).
Binebine a. sh. (dir.), 1994, Le manuscrit arabe et la codicologie, Rabat, 123 et 129 p.
Déroche f. (dir.), 1989, Les manuscrits du Moyen-Orient, Essais de codicologie et de paléographie, Actes du Colloque d’Istanbul (Istanbul, 16-19 mai 1986), Istanbul/Paris, 144 p. + 32 pl.
Déroche f., 2000, Manuel de codicologie des manuscrits en écriture arabe, Paris, 413 p.
Déroche f et Richard f. (dir.), 1997, Scribes et manuscrits du Moyen-Orient, Paris.
Gacek a., 2001, The Arabic Manuscript Tradition, A glossary of technical Terms and Bibliography, Leiden, 269 p.
Hoffmann ph. (dir.), 1998, Recherches de codicologie comparée : la composition du codex au Moyen Âge en Orient et en Occident, Paris, 326 p.
Roper g., 1992, Word survey of Islamic manuscripts, 4 volumes, xvi + 569, vi + 724, vi + 716 et 489 p.
Sayyid a. f., 1997, Al-kitâb al-‘arabî l-makh†û† wa-‘ilm al-makhtû†â†/Le manuscrit arabe et la codicologie, Le Caire, 2 vol., ix-vii + 614 p. + 167 pl.

Notes de bas de page :

1 L’expression “ tradition manuscrite ” leur a été empruntée ici, mais avec une autre acception puisque, pour l’historien des textes, la tradition manuscrite désigne l’ensemble des témoins conservés d’un texte et non pas l’ensemble des traits qui caractérisent les littératures et les techniques de fabrication du livre au sein d’une communauté culturelle.
2 À Paris en 1992, à Bologne en 2000.
3 Manuscripta Orientalia à Saint-Pétersbourg.
4 Voir surtout la bibliographie dans A. Gacek 2001.
5 Il serait impossible de les mentionner toutes. Soulignons l’intérêt de l’importante exposition sur “ L’art du livre arabe, du manuscrit au livre d’artiste ” qui a été présentée à la BnF du 9 octobre 2001 au 30 janvier 2002.
6 Les Actes ont été publiés par l’organisateur du colloque, Philippe Hoffmann (1998).
7 Actes publiés par Monique Zerdoun (1999).
8 On les doit à A. Sh. Binebine (1994) et A. F. Sayyid (1997).

Pour citer cet article :

Geneviève Humbert, «Introduction»,
Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne],
n°99-100 - La tradition manuscrite en écriture arabe, novembre 2002.
Pagination : 7-14.

Mis en ligne le : 27 avril 2006
Disponible sur : http://remmm.revues.org/document2916.html.



http://remmm.revues.org/document2916.html



Σάββατο, 17 Αυγούστου 2013
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Η Banu İnanç Uyan Dur, συνδυάζει καλλιγραφικές εκφράσεις με πολιτιστικές εικόνες σε mixed media. Στα έργα της, αναζητά νέες ερμηνείες στην τέχνη της καλλιγραφίας και τα οπτικά στοιχεία  των αρχαίων Πολιτισμών της Ανατολίας.
Η Banu İnanç Uyan Dur είναι  επίκουρος καθηγήτρια  στο TOBB Πανεπιστήμιο Οικονομικών και Τεχνολογίας, Σχολή Καλών Τεχνών, Σχεδίου και Αρχιτεκτονικής. Αποφοίτησε από το Πανεπιστήμιο Gazi, Τμήμα Εκπαίδευσης , Διδασκαλίας  Καλών Τεχνών , πρόγραμμα διδασκαλίας Ζωγραφικής το 2002. Έλαβε ΜΑ (2006) και διδακτορικό στην Τέχνη (2011) από το Πανεπιστήμιο Hacettepe ıÜü Σχολή Καλών Τεχνών, Τμήμα Γραφιστικής. Έχει σπουδάσει 5 μήνες στο Τμήμα Γραφιστικής στην Ακαδημία Καλών Τεχνών του Κατοβίτσε / Πολωνία, με υποτροφία  για  έρευνα από την κυβέρνηση της Πολωνίας το έτος 2010. Έχει λάβει εθνικά και διεθνή βραβεία graphic design για το σχεδιασμό αφίσας και σχεδιασμό wayfinding. Έχει  4 ατομικές εκθέσεις και συμμετείχε σε πάνω από 40 διεθνείς εκθέσεις, ορισμένες κατόπιν   διαγωνισμού.
Στα σχέδια της, Banu İnanç Uyan Dur, εμπνέεται  κυρίως από το πολιτιστικό της περιβάλλον .Σύμφωνα με τις δηλώσεις της «Ο γεωγραφικός τόπος όπου  ζω έχει ένα πλούσιο ιστορικό παρελθόν, το οποίο έχει φιλοξενήσει πολλούς διαφορετικούς πολιτισμούς για αιώνες. Θρύλοι , μοιρολόγια, ιστορίες,  συστήματα πεποιθήσεων και  τραγωδίες εξακολουθούν να είναι μέρος της ζωής μας. Ατέρμονες  αγώνες και πολιτικά παιχνίδια είναι φυσιολογικά γεγονότα  για τη ζωή του καθενός από εμάς σε αυτά τα εδάφη. Εδώ, όλη αυτή η πλούσια πολιτιστική συσσώρευση και εντατική πολιτική ατζέντα είναι η πηγή των σχεδίων
Banu İnanç Uyan Dur
‘’Calligraphy & Cultural Images”
In this exhibition Banu İnanç Uyan Dur combines calligraphic expressions with cultural images in mixed media. In her works, she seeks new interpretations in the art of calligraphy and visual culture elements of ancient Anatolian Civilizations.
Banu İnanç Uyan Dur is currently assistant professor at TOBB University of Economics & Technology, Faculty of Fine Arts, Design & Architecture. She graduated from Gazi University, Faculty of Education, Department of Fine Arts Teaching, Painting Teaching Programme in 2002. She obtained her MA (2006) and PhD in Art (2011) from Hacettepe University ıÜüFaculty of Fine Arts, Department of Graphic Design. She spend 5 months in the Graphic Design Department at Academy of Fine Arts in Katowice/Poland, through a research scholarship from the Poland Government in 2010. She has received national and international graphic design awards about poster design and wayfinding design. She opened up 4 personal exhibitions and participated in over than 40 international exhibitions, some of them were competitive selection.
In her designs, Banu İnanç Uyan Dur mostly inspired with the cultural environment that she has been. With her own words: “The geography I live has a rich historical past, which has been host to many different cultures for centuries. Legends, laments, tales, belief systems and tragedies are still part of our lives. Endless fights and political games are normal for life of each of us in these lands. Here, all these rich cultural accumulations and intensive political agendas are the source of my design.
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C’est chez les Arabes chrétiens de Hira-Coufa que l’on a imaginé la plus belle écriture arabe, le coufique, qui devint l’écriture des anciens Corans. Et c’est chez eux que l’on a imaginé les premiers points diacritiques. Ainsi Othman (644-654), avec l’aide des scribes syriens envoyés par Moavia, a pu écrire le 1er livre arabe, le Coran. Othman avait des liens de parenté avec les chrétiens de Syrie par sa femme Nâ‘ila, qui était de la tribu chrétienne de Kelb. Le père de son épouse était également chrétien. Dés lors, l’arabe avait son écriture et devint très structuré.
          
Étude et commentaires du Livre Sacré    http://www.le-livre-sacre.net
Compléments Bibliothèque Nationale de France:
·         Propagation de l'alphabet 
·         Écriture arabe 
·         Écriture syriaque
REMARQUE

Cette étude nous permet d'élucider certains points qui sont demeurés obscurs pour beaucoup d'entre nous, et de décrypter l'histoire de la constitution du texte coranique. Il est désormais possible de comprendre pourquoi il a été demandé de détruire toutes les premières copies du Coran, si nous considérons que :
·         le Nabatéen et le Grec étaient largement utilisés pour écrire ou transcrire l'arabe parlé,
·         qu'Othman n'a pu écrire le premier Coran arabe qu'après 644 (des années après la mort de Mohamed),
·         que l'histoire et les hadiths nous parlent de plusieurs compilations différentes.

Il est aisé de concevoir que des écrits en nabatéen (et dérivés chaldéens) ou en grec circulaient. Puis une prééminence politico-religieuse s'est établie autour de chacun de ceux qui se prévalait d'avoir conservé avec soin les paroles de Mohamed. Les récits historiques et les documents écrits que nous possédons montrent :

·         que quelques années après la mort de Mohamed, parmi plusieurs compilations différentes, quatre d'entre elles se seraient distinguées. Voir note.
Puis des luttes internes eurent lieu. Ces guerres sanglantes qui visaient l'anéantissement des opposants et de leurs copies, ont fait qu'Othman est sorti vainqueur de ce combat pour une hégémonie politico-religieuse.

Après la destruction des copies, l'écriture arabo-syrienne a pu supplanté aisément la mémoire écrite nabatéenne ou grecque, d'autant plus que cette écriture arabo-syrienne était peu utilisée et inconnue de l'ensemble des arabes. Elle a ouvert la porte à une élite religieuse, qui était seule habilitée à décréter quels étaient les bons ou les mauvais versets coraniques. En effet, les traces écrites anciennes n'existaient plus et les anciens compagnons de Mohamed étaient presque tous morts. Si des textes sur des peaux de chameaux, sur des omoplates ou sur des feuilles de palmiers, ont été consultés, ils ne pouvaient être écrits qu'en langue grecque ou nabatéenne, et par conséquent le Coran ne serait qu'une traduction.

Si l'on considère la partie historique (tous les documents à la disposition des historiens) composés :

·         des récits arabes des différentes batailles et leurs enjeux politiques
·         des Hadiths
et que l'on fait la part des choses entre :
·         ce qui est proche de la fable et
·         ce qui tient de la réalité probable (les textes sur des peaux de chameaux, sur des omoplates ou sur des feuilles de palmiers)
Une chose est certaine : la révélation coranique n'est pas ce qu'elle a été.
Pour les enjeux politiques, vous pouvez également consulter une encyclopédie tel que l'Encyclopaedia Universalis au terme Omeyyades.
Note Il se peut que quelques uns soient bouleversés à la lecture de cette page. L'auteur rapporte des faits historiques observables par tous, et si quelqu'un est consterné parce que cela ne va pas dans le sens de son espérance, l'auteur en est désolé. Les actions de l'homme ont fait l'histoire, elle s'accepte ou se refuse, et il n'est pas possible de la réécrire pour atténuer la susceptibilité de quelques uns. En aucun cas l'auteur ne souhaite porter atteinte à la dignité des individus et à l'ensemble de ce peuple d'un si grand intérêt culturel. Son but est de montrer le développement de l'écriture arabe, écriture qui sera utilisée plus tard pour diffuser la Bible.
Note: Pour le lecteur qui souhaite davantage de renseignements sur le sujet, il est prié de se référer aux pages 83-105 de l'ouvrage "Le Coran est-il authentique" (de Mondher Sfar - éditions Sfar 1 rue Cassini 75014 Paris).L'auteur de ce livre a pris le soin de renvoyer le lecteur vers plus d'une centaine de références historiques sérieuses.
Les pages suivantes qui ont été consultées, sur Internet, confirment (documents à l'appui) la remarque abordée dans le thème de cette étude.
Tout particulièrement : Brother Mark (attention : temps de chargement long) qui reproduit quelques passages du manuscrit de Samarcande adresse :
L'Unesco qui expose pour la première fois des photographies prises récemment à Tachkent de quelques pages du manuscrit original de Samarcande, présenté sous le titre de« Musha de Uthman»:
Christoph Heger expose une page des manuscrits de San'â sur sa page web :



[1] Επίσημη  παρουσίαση 20 Αυγούστου 2013 &  ώρα 20.30 στο Ιόνιο Κέντρο Τεχνών και Πολιτισμού στα Μεταξάτα Κεφαλονιάς. Read more: http://www.kefalonitikanea.gr/2013/08/banu-inanc-uyan-dur-16-2382013.html#ixzz2vmfRlAI2 .

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